Traumatologie du ski.

Interview du Dr M. Cerfontaine,
licencié en médecine du sport, président de la commission médicale de la F.F.B.S.

FFBS: Parler de la traumatologie engendrée par la pratique du ski sur un site qui est destiné à le promouvoir n'est ce pas paradoxal ?
Dr MC: Cela peut paraître paradoxal mais notre but est d'informer les skieurs sur les risques qu'engendre la pratique du ski, de mieux comprendre les causes de ces traumatismes et d'en réduire le nombre par un comportement adapté.
Le ski reste un sport à risque. Sachez que pour la saison 1995-1996 la Société des Médecins de Stations des Sports d'hiver ont dénombré 24000 blessures.

FFBS : En général, de quel type de blessures s'agit-il ?
Dr MC : Tout type de ski confondu (alpin, fond, snowboard), on peut estimer que 20 % des lésions seront des fractures, 40 à 50% des entorses et 15 % de contusions.
La répartition et le type de lésion varient d'une activité à l'autre.

FFBS : Quelle activité est la plus traumatisante ?
Dr MC : On estime que 80% des lésions sont engendrées par la pratique du ski alpin, 15 % de la pratique du snowboard et 2 à 3 % du ski de fond.
Le succès du snowboard modifiera cette répartition .

FFBS : Ces lésions doivent certainement toucher plus souvent les jambes ?
Dr MC : La réponse est affirmative pour le ski alpin. En effet, la moitié des lésions touchent les membres inférieurs et un tiers les membres supérieur.
En snowboard, la répartition est différente puisque l'atteinte des membres supérieurs prédomine légèrement.

FFBS : Pourquoi cette différence ?
Dr MC : On peut estimer que les caractéristiques du matériel en sont la cause.
Les skis exercent sur les membres inférieurs des contraintes considérables surtout en flexion et en torsion par l'intermédiaire de hautes chaussures rigides.
Les bottes de snowboard plus souples épargnent les membres inférieurs et la position de profil sur la planche offre une meilleure stabilité latérale. Les chutes se font vers l'avant ou vers l'arrière avec réception sur les mains libres de bâtons.
Notons que les lésions du rachis semblent équivalentes en ski et snowboard (5%).

FFBS : Si nous avons bien compris, le type et la localisation des lésions est spécifique à chaque type de pratique.
Dr MC : Effectivement, nous pouvons résumé la situation de la façon suivante :
En ski alpin, les lésions les plus fréquentes sont les atteintes du genou dont une sur deux est une entorse grave et les fractures de jambe (surtout chez les enfants en dessous de 10 ans).
Ensuite, arrivent les fractures du fémur, les lésions de l'épaule, l'entorse du pouce.
Les bottes hautes rigides ont déplacés la pathologie vers l'extrémité proximale en épargnant la cheville.
En snowboard, ce sont les poignets qui arrivent en tête des lésions du surfeur ensuite les épaules et les chevilles.
Il est intéressant de signaler que les lésions du genou en surf surviennent généralement suite à un déchaussage (volontaire ou non). En effet, lorsque un pied n'est pas fixé à la planche, le risque d'entorse du genou est majoré puisque le surf exerce sur le membre inférieur fixé d'énormes contraintes en torsion bien supérieure à un simple ski (surface plus grande, snowboard plus lourds).
EVITEZ de déchausser un seul pied du surf afin de protéger vos genoux.
Le ski de fond est beaucoup moins traumatisant. 30 % des lésions atteignent les chevilles non protégées par des chaussures basses et souples mais qui permettent d'épargner jambes et genoux. Sinon ce sont les hanches, les épaules et les pouces.

FFBS : Qui sont les skieurs à risque ?
Dr MC : L'article s'adresse malheureusement aussi bien aux skieurs confirmés qu'aux " skieurs loisirs ", aux hommes qu'aux femmes.
Il ne semble pas exister une influence du niveau de la pratique sportive sur la survenue des accidents.
Les skieurs aguerris augmentent leurs risques par une pratique intensive, les skieurs occasionnels par un manque d'entraînement et une résistance à l'effort en altitude défaillante.
En surf, ce sont plus souvent de jeunes garçons débutants qui sont touchés.
En ski de fond, le traumatisé est plutôt un adulte " mûr ".

FFBS : Quels conseils donnés pour réduire le risque traumatique ?
Dr MC : Dès avant le départ, préparez votre séjour au ski par un entraînement adapté,
planifié, choisissez votre lieu de séjour en fonction de vos capacités physiques, de votre niveau de ski.
Utilisez un matériel adapté, faites vous conseiller.
Améliorez votre technique en suivant quelques cours.
La majorité des traumatismes sont favorisés par la fatigue et surviennent après 15 heures et le plus souvent au 3° jour du séjour.
Ne surestimez pas vos capacités, respectez quelques règles hygiéno-diététiques afin d'optimaliser votre récupération.
Renseigner vous sur la difficultés des pistes que vous allez emprunter, sur la météo.

En ski de fond, l'introduction du pas de patineur a modifié le profil des parcours qui sont devenus alpin et nécessitent une meilleure maîtrise technique. Plus encore que les autres skieurs, le skieur de fond doit impérativement se renseigner sur la difficulté du parcours avant de s'y engager.

FFBS : Une dernière remarque avant de conclure ?
Dr MC : Oui et elle me tient à cœur car concerne les enfants.
Leur encadrement doit être optimal. En effet, les différentes études montrent que le risque de fracture de jambe est 9 fois plus élevé pour l'enfant avant 10 ans que pour l'adulte après 20 ans. La gravité des accidents de ski chez l'enfant est impressionnante.
C'est notre rôle, nous, adultes, de les protéger.

FFBS : En conclusion, une pratique raisonnée et raisonnable du ski permettra de réduire les risques traumatiques et d'en faire un sport sécurisant.
En suivant quelques conseils simples, on n'excédera pas le risque d'une ballade en forêt.
Bon entraînement et bon amusement cet hiver.

Mise à jour le 15/08/03