Répondant à l'invitation du Docteur Renno Roelandt, vice
président du COIB, président du département "
sport de haut niveau " et de la commission scientifique du COIB, la
commission médicale de la FFBS était représentée
ce samedi 20 mars au symposium scientifique du COIB qui avait pour thème
" les suppléments nutritionnels pour les athlètes de
l'élite : nécessité ou non sens ? ". Sujet d'un
grand intérêt.
L'orateur était Monsieur Henz Kraaijenhof , entraîneur de haut
niveau en athlétisme.
Non sans humour, le conférencier débute en nous expliquant
que 34% de la population américaine avait recours aux compléments
alimentaires en 1996 mais surtout que 44% des cardiologues et 60% des diététiciens
en usaient également alors qu'ils ne recommandent pas voire déconseillent
avec véhémence à leurs patients l'utilisation de ces
même compléments alimentaires. " Etrange, vous avez dit
étrange ". Dès le départ, nous comprenions que
l'orateur du jour allait défendre l'apport de suppléments
nutritionnels chez les athlètes d'élite.
Monsieur Kraaijenhof classe alors les compléments alimentaires
dans une pyramide dont la base est constituée par une alimentation
variée, de qualité, régulière, bien répartie
et une hydratation optimale.. Il fait la distinction entre compléments
" primaires " c'est-à-dire les nutriments dont la carence
provoque une chute des performances (le fer dont la carence mène
à l'anémie, le déficit d'apport de magnésium
responsable de crampes musculaires) et les compléments " secondaires
" dont il ne peut exister de carence mais dont l'apport a un effet
positif sur la performance (créatine, caféine , ginseng sic).
Très justement, l'orateur pose la question de savoir ce que l'on
attend d'une complémentation.
Bien évidement, les compléments doivent prévenir les
carences mais la liste ne s'arrête pas là. Ils doivent apporter
plus d'énergie pour les entraînements et les compétitions,
modifier le poids et la composition corporels, activer les processus de
récupération, prévenir les pathologies, améliorer
la récupération et le sommeil, améliorer l'adaptation
au stress, prévenir les infections, les lésions cellulaires
et le vieillissement et réduire les effets du jet lag.
Monsieur Kraaijenhof précise que " ces compléments
doivent être efficaces, non toxiques et autorisés ".
L'utilisation de compléments alimentaires ne représente
aucun danger pour la santé de l'athlète et représente
une nécessité.
Pour nous en convaincre, l'orateur montre alors une étude réalisée
sur 39 footballeurs qui démontre une réduction des lésions
des membres inférieurs, de la grippe, des infections et une régénération
remarquablement rapide dans le groupe ayant bénéficié
de compléments alimentaires.
Il étaie sa démonstration en nous montrant d'abord que selon
les statistiques de l'American Association Poison Control Centers, entre
1983 et 1990 , seuls 2 cas de décès sont attribués
à une prise de " compléments " (antidépresseurs,
analgésiques, thérapie contre l'asthme, amphétamines,
hypnotiques ,
) sur 2506 cas ensuite que le nombre de décès
annuel aux Pays Bas par erreur médicale est de 1000 en projetant
quelques revues de presse.
Sa conclusion : les médecins néerlandais sont plus dangereux
que la prise de compléments alimentaires.
Même en espérant qu'il ne s'agisse que d'un humour douteux,
cette tentative de démonstration devrait être primée
dans le prochain palmarès du ridicule.
D'abord parce que les compléments décrits sont quasi tous
des produits prohibés, ensuite parce qu' il compare une mortalité
chez des individus bien portant ayant abusé de médicament
(2 sur 2500) et la mortalité par " erreur médicale "
sur une année de soins pour la population néerlandaise.
Monsieur Kraaijenhof confirme que les athlètes olympiques ne prennent
pas de compléments seulement pour augmenter la masse musculaire comme
en body-building mais bien pour leur effet ergogène. Il passe en
revue les antioxydants, des nutriments supposés énergisants
et stimulants musculaires, stimulants cérébraux, immunostimulants,
des adaptogènes, des fortifiants du cartilage, des nutriments anti-inflammatoires
après nous avoir montrer qu'un bilan sanguin, salivaire et urinaire
s'imposait chez l'athlète d'élite même si son coût
avoisine les 600 euro.
L'orateur s'attaque alors à Madame Ayotte du laboratoire de Montréal
à la base de l'affirmation de dopage à la nandrolone de Davids
et De Boer et qui affirmait que " tout athlète était
responsable de ce qu'il ingérait ".
Monsieur Kraaijenhof ne peut admettre qu'un athlète qui a ingéré
à son insu un produit prohibé sera coupable de dopage et traité
comme un criminel là où " monsieur tout le monde "
sera considéré comme une victime d'un fabricant peu scrupuleux.
Il défend le droit que doit avoir l'athlète de consommer des
compléments non contaminés comme tout un chacun. Il s'insurge
également contre les disparités dans les contrôles dans
différents sports et notamment le tennis.
L'orateur souligne les problèmes législatifs liés aux
contrôles antidopage et conseille pour gagner des médailles
de s'offrir les services d'un " expensive " juriste.
" Les médailles doivent être gagnées par les athlètes
et non par les pharmaciens et les juristes ".
Monsieur Kraaijenhof définit alors la ration protéique de
l'athlète (1.5-2g / kg de poids corporel/ jour) , l'intérêt
de l'ingestion de glutamine (2g) avant l'entraînement et de la créatine
(2g) , des acides aminés ramifiés (2g) , des hydrates de carbone
après l'entraînement soulignant l'effet bénéfique
sur les défenses immunitaires.
L'orateur termine alors sa démonstration sur l'intérêt
de suppléments alimentaires, en nous prouvant que la différence
sur 100 mètres entre un athlète dopé et un athlète
sain est de 2 mètres. Selon lui, la prise de compléments alimentaires
réduirait cette différence à 1 mètre.
Les Professeurs Francaux, Hespel et Meeusen s'exprimèrent ensuite.
Tous étaient d'accord pour accorder le droit aux athlètes
de bénéficier d'une complémentation alimentaire de
qualité, d'avoir le droit de se défendre en cas de prise de
compléments contaminés et de supprimer ce climat suspicieux.
Le Professeur Hespel fait remarqué qu'il manque des données
scientifiques sérieuses sur l'efficacité de nombreux compléments
et que nous ne disposons pas de " liste " reprenant les indications
et les effets démontrés positifs de nombreux compléments.
Même si nous avions une telle liste, nous devrions également
nous méfier de la qualité des nutriments vendus. Il prend
pour exemple la créatine ou le ginseng dont la quantité et
la qualité est très inconstante. Il souligne le côté
lucratif responsable de comportements " criminels ".
Le Professeur Francaux souligne que le premier point à défendre
est le suivi par l'athlète d'une alimentation saine , équilibrée
et qu'ensuite une complémentation est envisageable.
Il explique également que ces compléments n'ont pas fait la
preuve de leur innocuité à long terme même si cela a
été le cas pour le court terme et prend l'exemple de la production
d'un produit de dégradation de la créatine au niveau intestinal
potentiellement cancérigène.
Le Professeur Nielens pose alors la question que tout médecin et
scientifique doit se poser et y répond en demandant s'il est éthique
de proposer des compléments alimentaires dont les potentiels effets
bénéfiques ne sont pas démontrés et l'innocuité
non établie.
Comme Monsieur Kraaijehof, nous sommes d'accord pour que l'on réduise
le climat suspicieux actuel pour le bien être de l'athlète,
qu'on lui donne la possibilité de se défendre , de l'assurer
de la présomption d'innocence, de lui permettre d'utiliser des compléments
alimentaires de qualité qui ont fait la preuve de leur utilité
et de leur innocuité au long terme.
Toutefois, il nous a paru exister un fossé entre l'entraîneur
et les scientifiques médicaux.
Nous n'avons pas retrouver la rigueur scientifique attendue (preuves d'efficacité,
d'innocuité). L'orateur essaie de prouver leur utilité par
une étude portant sur 39 footballeurs. Est-ce bien crédible
? Il essaie de démontrer leur innocuité en tentant une démonstration
ridicule.
De plus, tout au long de l'exposé, il semble que Monsieur Kraaijenhof
ne défende le droit à l'utilisation de compléments
que dans le seul but d'améliorer récupération et performance
mais pas dans un but de prévention de la santé de l'athlète.
Ses critères scientifiques d'efficacité semblent également
moins sévères que les nôtres. De plus, sa définition
de la complémentation idéale est proche de la " pilule
miracle ", de la recherche du graal . A l'énumération
des qualités requises, j'aurai tendance à dire " et quoi
encore ?". Peut-être de pouvoir en faire plus et plus, de réduire
ses périodes de récupération,
Nous sortons de la salle de conférence avec cette sensation qu'
au long de l'exposé, nous nous sommes baladés sur une bien
ténue frontière entre complément autorisé et
illicite ayant quelque fois peur d'y tomber. Sinon pourquoi l'orateur a-t-il
tenu à préciser que ces compléments doivent être
légaux et ne peuvent être dangereux. Fallait-il le préciser
?
Apprenons d'abord à nos athlètes à se nourrir sainement
et ensuite à utiliser des compléments alimentaires.
Planifier l'entraînement, se fixer des objectifs réalisables,
respecter l'athlète en tant qu'homme , ses périodes de récupération,
être à l'écoute de son corps et de ses besoins est selon
nous bien plus important.
Docteur Michel CERFONTAINE