"Contrôles antidopages en
Communauté française de Belgique".
Interview du Docteur Michel CERFONTAINE.
Commission médicale de la F.F.B.S.
Anti-dopage ! Législation et aspects pratiques des contrôles
en Communauté française de Belgique.
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Dans quel cadre légal s'inscrit la lutte antidopage en Communauté
française de Belgique ?
Dr MC :
La Communauté française est compétente en matière
de sport depuis 1971.
Il a fallu 30 ans pour qu'elle se dote d'un décret relatif à
la Promotion de la Santé dans la pratique du sport, à l'interdiction
du dopage et à sa prévention en Communauté française
(décret du 8 mars 2001) qui faisait suite à un premier décret,
voté le 26 avril 1999, organisant le sport en Communauté française.
Ce décret du 8 mars 2001 représente enfin ce cadre normatif
que se donne la Communauté et indique les objectifs et axes d'action.
Notons que celui-ci ne se limite pas à la seule lutte contre le dopage
mais également à la promotion de la santé par la pratique
du sport et aux conseils et suivi médical des sportifs.
Enfin,pour mettre ce décret en uvre, il fallait un arrêté
d'exécution . C'est chose faite depuis le 10 octobre 2002 avec l'Arrêté
du Gouvernement de la Communauté française.
Cet arrêté défini la procédure de contrôle
de la pratique du dopage et fixe l'entrée en vigueur de certaines
dispositions du décret relatif à la promotion de la santé
dans la pratique du sport, à l'interdiction du dopage et à
sa prévention.
En résumé, un cadre légal et une mise en pratique des
contrôles est efficiente depuis le 10 octobre 2002.
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Quels sont les axes d'action de ce décret concernant la lutte antidopage?
Dr MC :
Trois axes d'action sont définis :
1. La prévention par l'éducation à la responsabilisation
des consommateurs, par des campagnes d'information et de prévention
sur les caractéristiques et les dangers des produits.
2. La sanction des sportifs d'ordre disciplinaire. Les sanctions doivent
être prévues dans les règlements des fédérations
sportives. Les consommateurs ne seront pas sanctionnés pénalement
mais bien les organisateurs de la consommation.
3. Les sanctions pénales relevant des Cours et Tribunaux pour ceux
qui favorisent, organisent et facilitent la consommation des produits dopants.
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Peut-on avoir votre avis sur la question en tant que médecin du
sport, sportif et responsable de la commission médical de la FFBS?
Dr MC :
En tant que sportif pratiquant contrôlé par l'I.B.U. à
plusieurs reprises (tests sanguins) lors des épreuves de coupe du
monde, j'estime qu'il était temps d'organiser sur notre territoire
des contrôles antidopage sérieux et de se munir d'une législation
claire.
Par contre, je trouve illogique l'absence de sanction pénale pour
le sportif dopé. Le sportif dopé est rarement une victime
d'un système. Il fait partie intégrante de ce système
d'autant plus qu'il est informé des caractéristiques et dangers
des produits dopants (point 1 ).
La défense consistant à dire que l'on est dopé à
son insu ne tient plus la route.
Le dopage et particulièrement le dopage chez les amateurs débute
par une demande du sportif.
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En tant que médecin du sport, je soutiens totalement le point 3.
La réputation de la médecine du sport a été
et est suffisamment ternie par la pratique de quelques uns.
Je défends l'idée que des sanctions pénales sévères
doivent être prévues pour les parents pratiquant le dopage
chez leurs enfants.
En tant que responsable de la Commission, j'insiste sur les mesures préventives
via une information claire et complète adressée aux athlètes
et à leur médecin traitant actuellement bien sensibilisé
au problème du dopage et à la liste des produits prohibés.
Quant aux sanctions disciplinaires, notre fédération doit
faire la différence entre la positivité d'un contrôle
pour des produits susceptibles d'être utilisé en thérapie
courante et des produits à pure visée dopante (amphétamines,
stéroïdes anabolisants, EPO,
).
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En tant que praticien impliqué dans l'économie médicale,
j'estime que le coût engendré par ces contrôles pour
débusquer une minorité d'athlète ne respectant pas
l'éthique sportive et protéger leur santé pourraient
être utilisé à meilleur escient.
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En résumé, des contrôles antidopage sont pratiqués
régulièrement depuis 2003.
Qui peut être soumis à un contrôle antidopage et quand
?
Dr MC :
Tout sportif au sens très large du terme c'est-à-dire tout
individu pratiquant une activité sportive sur le territoire de la
Communauté française (jogging, natation, fitness, ski en Fagnes,
) peut être contrôlé lors de manifestations sportives
mais également lors d'entraînement, de stages,
et quelque
soit son niveau de pratique (pro, amateur, loisir).
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Sous quelle forme ?
Dr MC :
Actuellement, sous forme d'analyse urinaire.
Des contrôles sanguins sont envisagés à moyen terme,
de même que des contrôles alimentaires (ravitaillement et compléments
alimentaires). Les médecins contrôleurs qui sont officier de
police judiciaire ont le droit d'effectuer des fouilles dans les vêtements,
véhicules, bagages, équipements sportifs et aussi des personnes
qui assistent l'athlète.
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A ce propos, je mets en garde les athlètes quant à la provenance
et l'utilisation de compléments alimentaires. En effet, une étude
récente réalisée par le laboratoire de l'Université
de Gand a montré que 28,6% de ces compléments contiendraient
des produits dopants principalement des anabolisants.
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Cela signifie que nous risquons d'être contrôlés positifs
si nous suivons un traitement médical comprenant des substances reprises
sur la liste des produits prohibés pour raison de santé.
Dr MC :
Effectivement,c'est la raison pour laquelle il est impératif d'en
aviser votre entraîneur ou la fédération en nous remettant
un certificat médical avant de commencer l'activité.
Avertissez votre médecin traitant de vos activités sportives
et demandez lui s'il n'existe pas des médicaments aussi efficaces
non repris sur cette liste.
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Quels sont les produits prohibés ?
Dr MC :
La liste des produits prohibés est inspirée de celle du CIO
(Comité olympique international) et de l'AMA (agence mondiale antidopage).
Elle est internationalement reconnue notamment par la FIS et l'IBU). Cette
longue liste qui comprend également les méthodes interdites
est disponible sur le site www.dopage.be .
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Qui effectue les contrôles ?
Dr MC :
Cinq médecins de la Communauté française effectuent
ces contrôles. Ils ont qualité d'Officier de police judiciaire.
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Comment s'effectue ce contrôle ?
Dr MC :
Le médecin contrôleur arrive sur le lieu de la manifestation
sportive avec un ordre de mission et prend contact avec l'organisateur de
cette manifestation.
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Il désigne le sportif à contrôler et lui remet une
convocation nominative (établie en double exemplaire) précisant
le lieu et l'heure de présentation pour le contrôle.
Si le sportif refuse de la signer, le fait est mentionné au procès-verbal
du contrôle.
Celui-ci peut être effectué avant, pendant ou après
l'activité sportive en en respectant le déroulement.
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Le sportif se présente alors pour le prélèvement
d'échantillons. Il a le droit d'être accompagné d'une
personne de son choix en vue de l'assister. Si il est mineur, il doit être
accompagné par un de ses représentants légaux ou par
une personne autorisée par un de ceux-ci.
Il est important que les représentants légaux s'ils n'accompagnent
pas leur enfant désignent une personne qui l'accompagne habituellement
(entraîneur, officiel, ...).
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Si l'athlète se présente en retard ou ne se présente
pas au contrôle ?
Dr MC :
Le contrôle est considéré comme positif si l'athlète
ne s'y présente pas.
Si il ne s'y présente pas dans les délais impartis, la procédure
sera appliquée hors délai.
Devons nous nous munir de formulaires ou papiers particuliers ?
Dr MC :
Présentez vous avec votre convocation, une pièce d'identité
et des certificats médicaux indiquant le traitement prescrit et le
motif de cette prescription si vous êtes sous traitement médical.
Le médecin doit contrôler l' identité du sportif. S'ensuit
alors un entretien portant sur l'état de santé (pathologies
aigues et chroniques), la prise de médicament ou de compléments
alimentaires.
Ceci est consigné dans le procès verbal de contrôle.
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Le sportif doit alors choisir un kit d'analyse (2 flacons A et B et un
gobelet collecteur).
Ouvrez le et vérifiez qu'il soit vide et propre.
En présence exclusive du médecin agréé et sous
sa surveillance visuelle, le sportif devra alors uriner.
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Ce n'est pas toujours évident d'uriner après une activité
sportive. Quelle quantité d'urine est nécessaire ?
Dr MC :
Un minimum de 75 ml ce qui représente 1/3 de verre (25cl) mais il
existe une procédure de prélèvement partiel qui est
applicable si le volume est inférieur à 75ml.
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Qui reçoit les résultats du contrôle et quand ?
Dr MC :
Le sportif contrôlé et sa fédération.
Dans les 15 jours qui suivent la réception du rapport d'analyse par
l'administration si le contrôle est négatif.
Par contre si le contrôle est positif, dans les 5 jours qui suivent
la réception du rapport d'analyse par l'administration et par recommandé.
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En cas de contrôle positif qu'elle est la démarche à
suivre, les droits du sportifs et les recours possibles ?
Dr MC :
Le sportif peut faire analyser le second échantillon dans un laboratoire
de son choix agréé CIO (la liste de ceux-ci est jointe au
recommandé) et il peut demander à être présent
ou être représenté lors de cette analyse. Si le résultat
est confirmé, cette analyse lui sera facturée.
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Il peut également demandé à être auditionné
par l'officier de police judiciaire et le médecin agréé.
Le sportif doit en aviser l'administration par lettre recommandée
dans les 10 jours qui suivent la réception du recommandé.
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La procédure du contrôle demande un minimum d'infrastructure.
Que doit prévoir l'organisateur d'une manifestation sportive ou d'un
entraînement ?
Dr MC :
L'organisateur ou le délégué du cercle sportif ou le
délégué de la fédération doit mettre
à disposition de l'officier de police judicaire un local approprié
pour le prélèvement qui doit garantir la confidentialité
(local fermé), l'hygiène et la sécurité du prélèvement.
Il devra être équipé de toilettes, d'un lavabo, d'une
table et de sièges.
Une personne devra être désignée pour assister l'officier
de police judiciaire.
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Et les sanctions ?
Dr MC :
Les sanctions disciplinaires relèvent de la fédération
qui s'aligne sur le barème des sanctions de la FIS ou de l'IBU.
Sachez qu'une fédération reconnue par la Communauté
française pourrait perdre cette reconnaissance en cas de négligence,
d'attitude passive ou laxiste.
Les sanctions prises à l'égard de ceux qui favorisent, organisent
ou facilitent la pratique du dopage relèvent du pénal mais
il va de soi que si ces personnes jouent un rôle officiel au sein
de notre fédération, elles encourront des sanctions disciplinaires
exemplaires.
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Quel est le rôle de la commission médicale de la fédération
francophone belge de ski ?
Dr MC :
A la demande de l'athlète, vérifier le caractère licite
des traitements prescrits pour une pathologie et éventuellement proposer
des solutions alternatives.
Pour cela, tout athlète affilié à notre fédération
devrait nous transmettre la liste des médicaments pris dans le cadre
d'une pathologie, la durée du traitement et les certificats médicaux
justifiant ce traitement de même pour la prise de compléments
alimentaires en cours.
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Si un sportif prend d'initiative un médicament ?
Dr MC :
Je déconseille l'automédication. Si l'état de santé
d' un athlète nécessite la prise d'un médicament, il
mérite un examen, un diagnostic et un traitement approprié,
individualisé.
Si malgré tout il "s'automédique ", il est le seul
responsable.
Personnellement, je pense que cet argument " automédication
" pourrait permettre d'éviter des sanctions pénales aux
fournisseurs de produits dopants.
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Si un athlète soumet un dossier médical à la fédération
où le traitement prescrit contient des produits prohibés ?
Dr MC :
Dans le respect total du secret médical, j'examinerai en premier
lieu son aptitude à participer aux activités sportives.
Soit il est reconnu inapte à participer aux épreuves et il
prend ses responsabilités en y participant.
Soit il est reconnu apte alors la commission demandera de consulter à
nouveau son médecin traitant (généraliste, du sport
ou spécialiste) afin de modifier son traitement en remplaçant
les produits illicites par des équivalents pharmacologiques licites.
Si cette alternative thérapeutique n'est pas envisageable, la commission
déconseillera sa participation aux épreuves.
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Pour terminer, quels conseils pratiques peut-on donner ?
Dr MC :
1. Si vous ne buvez pas, vous ne craignez pas l'alcotest. La majorité
des athlètes ne se dope pas. Si vous faites partie de cette majorité,
ne craignez pas les contrôles antidopage. Il sont mis en place pour
protéger la santé des athlètes et assurer l'éthique
du sport.
2. En cas de prise de médicaments, vérifiez la liste sur www.dopage.be
.
3. Lorsque vous partez à l'entraînement,en compétition
ou en stage, n'oubliez pas vos papiers d'identité et les certificats
médicaux justifiant votre traitement .
4. Affilié à la FFBS, prévenez nous du traitement que
vous suivez, de sa durée, de sa justification médicale.
5. En cas de contrôle, soyez d'une transparence totale en signalant
toute prise médicamenteuse au médecin contrôleur.
Docteur Michel CERFONTAINE
Responsable Commission
médicale
rue Prés 134, WANDRE
043 626 767
mise à jour 8/05/04